Catherine, comment as-tu découvert ces quatre autrices ?

Tous les ans en France, la SACD* organise un évènement qui s’intitule « Les intrépides ». La SACD choisit plusieurs autrices et passe une commande pour des textes courts sur une thématique qui change tous les ans. En 2017, la SACD m’a demandé de piloter cet évènement, le thème choisi était « le courage » et j’ai demandé à ces autrices d’écrire des monologues afin que l’on puisse avoir une idée de ce que représente le courage aujourd’hui, du point de vue de ces femmes.

Quatre textes présentant autant de formes de courage : pourquoi, dans le titre, Le courage est-il mis au singulier ?

Parce que c’est un concept universel. Le courage se manifeste de différentes façons mais quel que soit le contexte qui déclenche l’acte de courage, toutes ces situations ont un point commun : le dépassement de soi-même. Le courage permet de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre que la vie nous impose. Jankélévitch dit cette phrase que j’aime beaucoup : « Il faut commencer par le commencement. Et le commencement est le courage ».

Les textes évoquent parfois des situations très difficiles, quelle posture as-tu choisi de prendre pour les aborder ?

L’unité c’est le courage féminin. Comme il y a plusieurs formes de courage, nous les traitons de façons différentes. J’affronte certains sujets de plein fouet, sans artifice, avec toute la gravité et l’émotion nécessaire, d’autres textes sont traités avec légèreté parce que parfois, il est utile de dédramatiser, c’est ça aussi le courage, d’autres passages encore, sont chantés. Quand Gainsbourg écrit Les bleus, la musique permet de mettre une distance avec la violence.

Quelle est ta méthode de travail ?

Je suis percutée par un texte ou je rencontre quelqu’un ou je vois quelque chose qui me choque, m’indigne, me touche.
Mon questionnement sur le courage a été déclenché par la mort de la philosophe Anne Dufourmantelle qui s’est jetée à l’eau pour sauver un enfant en difficulté au large. Elle s’est noyée. Elle avait écrit en 2011 L’éloge du risque et certains ont pris la parole pour dire « qu’elle n’aurait pas dû risquer sa vie », « elle aurait dû penser à ses enfants et ne pas y aller ». Pour certain, c’était un acte irresponsable, pour moi c’était un acte de courage phénoménal. J’ai commencé à me demander « qu’est-ce que le courage aujourd’hui ? »

Ensuite, je glane de l’information, je regarde des documentaires, des interviews, je lis, je cherche à enrichir ma réflexion puis une fois « nourrie », je laisse infuser. À un moment l’idée pointe. Je tire sur le fil et de ces recherches émergent des images, des sons, qui vont prendre forme dans ma tête. Je vais ensuite discuter avec mes collaborateurs : scénographe, éclairagiste, pour inventer, structurer puis construire un univers. Il s’agit ensuite de diriger les comédiens pour qu’ils s’approprient les textes et que leurs corps s’épanouissent dans l’univers proposé.

*Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

 

Interview extraite du site du Escher Theater